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CARTE BLANCHE (2004)

 

Issu d’un travail entamé au centre national des arts du cirque, ce que nous appelons « carte blanche » est la création en un temps limité, par un groupe qui la gère collectivement, d’un spectacle dans un lieu particulier.

 

La gestion du cadre

 

Un des aspects importants de la carte blanche est la question de l’espace. Nous adapter à la géographie, la géométrie et l’architecture particulière de chaque lieu nous amène à nous questionner sur le rapport au public que le lieu suggère, sur le rapport à nos disciplines également (on ne voltige pas indifféremment dans une cave ou sur une pelouse…), ainsi que sur le « déroulé » de notre intervention (un seul espace de jeu ou plusieurs, déambulation ou pas, découpage du public, etc.). La question géographique est quelque part également sociologique. On ne joue pas non plus indifféremment dans une région minière ou rurale ou dans une galerie d’art contemporain. Ces interrogations suggèrent un aller-retour entre notre savoir-faire spécifique, notre identité de groupe et notre sensibilité et écoute du lieu.

 

La prise de risque

 

Le second aspect primordial de la création d’une carte blanche est de toujours nous remettre individuellement à l’endroit du risque artistique. En marge de nos créations autres, l’espace de la carte blanche est idéal pour tenter une recherche inédite. Bien que créée en peu de temps, il nous importe énormément de ne pas tomber dans le piège de la facilité. La carte blanche est donc pour chacun d’entre nous l’occasion de faire un essai par rapport à son travail, de développer une idée à l’endroit de sa fragilité, de nous remettre en cause en tant qu’artiste dans nos « habitude de création ». Ainsi, par exemple, la disposition architecturale d’un espace peut nous amener à réfléchir à un temps de représentation très intime avec le public, à une multitude de petits spectacles pour une ou quelques personnes avant un moment plus collectif. Ces dispositifs, suggérés par le lieu, nous plongent alors dans ce risque.

 

La création collective

 

Le pari d’une carte blanche est le suivant : créer collectivement sans la main mise d’un metteur en scène. Cette contrainte a bien sûr ses avantages et ses inconvénients. Mais les deux avantages essentiels qui nous touchent ici sont : le respect de la créativité de chacun et du coup de son engagement ainsi que la possibilité pour le public de voir un spectacle nourri de pensées multiples. En effet, même si nous décidons de traiter un thème ou un style particulier lors d’une carte blanche, nous laissons à chacun de choisir son point de vue et son angle d’approche de ces partis pris. Ainsi, la cohérence que nous proposons n’est pas une cohérence de pensée mais une cohérence relationnelle. Le spectacle sera enrichi de chacun de nos rapports à la ligne conductrice de la création. Ces différents rapports à l’éventuel thème ou style peuvent être contradictoire et nous revendiquons ces possibles contradictions. Nous ne proposons pas un point de vue sur un thème mais autant de points de vue que d’artiste sur celui-ci. Ce processus amène le public à voir quelque chose de très particulier car volontairement multiple.

 

 

Etre en groupe

 

Une condition nécessaire à la création d’une carte blanche est le nombre de ses participants. En effet, vu la teneur du projet, il n’est pas nécessaire que tous les membres du cheptel participent à chaque carte blanche. Cependant, il est primordial pour assurer une carte blanche comme nous l’envisageons d’être dans une question et une gestion de groupe. Aussi, être suffisamment nombreux est primordial pour qu’une dynamique puisse naître. Nous faisons souvent appel à des artistes proches du cheptel pour enrichir l’équipe, ainsi que pour gérer des aspects de la carte blanche pour lesquels nous n’avons pas les compétences (gestion de la lumière, d’une éventuelle scénographie, etc.…)

 

Le rapport au public

 

Les créations du cheptel et les cartes blanches en particulier, outre la question du rapport à l’espace, s’interrogent sur le rapport au public. Que ce soit via le rapport scénique envisagé (frontal, circulaire, déambulatoire…) ou l’adresse au public utilisée, le rapport scène/public est au centre de notre travail. Osons dire que le travail de clown fait au Centre National des Arts du Cirque avec Michel Cerda nous a plongé et pour longtemps dans cette question. Non pas que nous fassions du clown dans les cartes blanches (encore que…) mais plutôt que la question de la réception du public nous importe. Nous ne cherchons pas à plaire mais à être dans un rapport d’échange avec le public. Se pose ici la question de la présence, à savoir le partage du moment présent. Les différents partis pris du travail de carte blanche servent cela.

 

L’urgence de création

 

Etre dans l’urgence. Les cartes blanches tiennent également en l’urgence que nous nous imposons pour la créer. Une certaine euphorie et une gestion du temps très particulière s’instille en nous lors de création de carte blanche. Urgence et euphorie assurent une fraîcheur et un état de jeu très à l’écoute et très au présent de la représentation. La difficulté de créer et de vivre intensément à plusieurs pendant une ou deux semaines est surmontée par le goût éminemment intense et joyeux d’être à plusieurs. C’est avant tout l’amour des autres et du travail avec les autres qui surgit lors de ces courtes créations. Et cet amour teinte bien évidemment la représentation. Nous pensons en effet qu’au-delà de la thématique abordée, de la forme comme du fond d’un spectacle, le public ressent intensément bien qu’inconsciemment les rapports en jeu entre les interprètes et la façon dont la création s’est passée. Conscient de cela, nous travaillons précisément là-dessus. Bref, nous nous aimons !

Alexandre Fray
Porteur acrobatique (main à main)
Amanda Lund
Porteuse au cadre aèrien (duo avec Lola Renard), voltigeuse à la banquine et au main à main, tabourets.
Anne Kaempf
comédienne
Blancaluz Capella
voltigueuse au cadre coréen et equilibriste-contorsioniste
Charlotte Rigaut
acrobatie, mât chinois, voltige, porteuse, pousseuse,
Flora Loyau
touche-à-tout / factotum
Joao Pereira Dos Santos
mât chinois, video
Manu Céalis
poste à arc, semi automatique et chalumeau rappe à épaissir, marteau à bomber le verre... des fois sur les mains, la tête en bas mais pas longtemps.
Manu Debuck
Porteur en main à main et à la banquine , acrobate
Marie Jolet
Corde volante et survolante Confection de tout repas imaginale (tissu aérien) potins malins Reine du cochon ...
Mathieu Despoisse
jonglerie(balles rebond).voltige
Matias Penaud
voltige à la bascule, acrobatie, porteur en mains à mains.
Maxime Mestre
'escarpolette', ou corde volante à basse altitude
Mika ++
porteur au cadre et autres
Milan Jona Janosch Szypura
Déplacement virtuose Tourner en rond acrobatique Comportement artistique Gestes entiers
Nathan Israël
jonglerie (massues et balle-contact) danse (contemporaine, danse-contact)
Nedjma Benchaïb
acrobate et danseuse au mât chinois et au sol.
Olivier Pasquet
Voltige acrobatique (trampoline, bascule) Portés (banquine) Acrobatie au sol
Rafael Moraes
porteur au cadre coreén et voltigeur à la bascule
Sophia Perez
voltigeuse cadre aérien
Thomas Reudet
Roue(allemande) Cercle de métal(lourd)et bientôt d'inox(légé) Danseur contemporain style Thomas Reudet Constructeur de bidouilles et merdouilles inutiles et utiles Traumatiseur d'enfants en dessous de 10 ans
Tom Neal
Roue Cercle Voltige
Vincent Berthe de Pommery
graphisme, vidéo, dessin animé
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